Dans une petite rue d'Evere, pas un bruit ne s'échappe des locaux d'Art Sonic. En passant la porte, vous vous rendrez pourtant compte que les voix se mêlent et les baffles vibrent dans les quelques studios d'enregistrement : Daniel Nicodème et son partenaire Frédéric Méaux doublent aujourd'hui un épisode de la série allemande "Alerte Cobra" (en allemand : Alarm für Cobra).

Cette après-midi, ils sont quatre dans le studio : deux doubleurs (Daniel et Frédéric), une directrice de plateau (Rosalia Cuevas) et un ingénieur son. La pièce est petite et sombre : seules quelques lumières tamisées éclairent le plan de travail de la directrice artistique et de l'ingénieur son. Sur le mur du fond trône un écran géant, où l'épisode sera projeté. Non loin de là, deux rideaux noirs isolent les doubleurs, un micro suspendu au-dessus de leur tête.

De deux à quatre jours de doublage

L'enregistrement d'aujourd'hui prend trois heures, un temps de travail habituel selon Daniel : "Un enregistrement prend plus ou moins trois jours pour un film de 90 minutes. On calcule le texte en lignes. En général, on travaille aux environs de 380-400 lignes par jour. Un film moyen fait aux environs de 1200 lignes. Pour les séries,on va jusqu'à 230 lignes par service de quatre heures. Et puis, tout dépend aussi du nombre de gens, du nombre d'apparitions, du nombre d'ambiances, des foules et toutes les choses comme ça..."

 

Un court instant qui ne manque pourtant pas de pimenter la vie des doubleurs, qui travaillent dans la joie et la bonne humeur. Chaque boucle est ponctuée de fous rires, Rosalia n'hésite pas à lancer un commentaire sur l'épisode qu'ils sont en train de doubler. "Alerte Cobra" est une série d'action allemande qui raconte les mésaventures de deux policiers autoroutiers. Cascades en voiture et explosions spectaculaires, les enquêtes du duo amusent fortement l'équipe d'Art Sonic.

 

Écriture manuscrite des textes sur la synchro

Sur la bande synchro, les noms des personnages sont inscrits dans une certaine couleur. Même les textes ont une caractéristique particulière : ils ont l'air d'avoir été écrits à la main. "Quand on est passé de l'analogique au numérique, c'était écrit avec une typographie d'ordinateur, un peu machine, et tous les comédiens étaient perdus. Il n'y avait rien de vivant. C'est l'écriture un peu manuscrite qui donne quelque chose de plus vivant au texte", explique le doubleur Frédéric Méaux.

Interrogé sur la lisibilité des textes, Frédéric considère que l'écriture manuscrite est plus abordable que n'importe quelle autre typographie : "C'est plutôt l'expérience informatisée qui était très compliquée. Cela avait un côté très linéaire". Un manque de naturel qui a finalement convaincu les adaptateurs de revenir à l'écriture manuscrite.

S'adapter fait aussi partie du travail

Même si Daniel et Frédéric ont de l'expérience dans le milieu, ils ne sont pas à l'abri de quelques petites erreurs. Oublis de phrase, cafouillages et autres bugs oraux, Daniel lance des "fu**" à tout bout de champ comme preuve de son mécontentement. Fou rire général.

Il n'est pas pour autant obligatoire de recommencer l'enregistrement. Dans certains cas, des corrections manuelles peuvent être faites sur la piste sonore. Ainsi, dans le cas d'une erreur de timing, si Daniel ou Frédéric parlent trop tôt ou trop tard, l'ingénieur son peut avancer ou reculer l'extrait afin qu'il corresponde au mouvement de bouche de l'acteur.

Parfois, l'erreur vient simplement de l'adaptateur. Un mot de trop ou une phrase qui semble étrange, Rosalia apporte quelques changements dans le texte pendant le doublage. Il faut que les mots employés correspondent aux labiales (mouvements de bouche liés aux lettres b, p et m). S'adapter au dernier moment fait aussi partie du travail.